Accueil » Ressources » ACI et financement d’une MSP : comment maximiser vos rémunérations collectives ?
L'accord conventionnel interprofessionnel, dit ACI, est le dispositif qui transforme une maison de santé pluriprofessionnelle d'un simple regroupement de praticiens en une structure économiquement viable. C'est lui qui conditionne le versement des rémunérations collectives, et donc une part significative du modèle économique de la MSP. Pourtant, l'ACI reste l'un des sujets les moins bien maîtrisés par les professionnels de santé qui créent ou rejoignent une MSP. On sait qu'il existe, on sait qu'il rapporte, mais on maîtrise rarement les mécanismes précis qui permettent d'en maximiser les bénéfices. Voici ce qu'il faut savoir.
L'ACI est un accord conclu entre l'Assurance maladie et les représentants des professionnels de santé libéraux, qui définit les conditions dans lesquelles une MSP peut percevoir des rémunérations collectives en contrepartie d'engagements de coordination et de qualité des soins. Il a été créé en 2017 et révisé depuis pour intégrer de nouveaux indicateurs et ajuster les montants.
Concrètement, l'ACI finance trois types d'activités. Le fonctionnement de l'équipe : réunions de coordination, formation collective, recours à un coordinateur. L'accès aux soins : amplitude horaire, continuité des soins, prise en charge de patients complexes. La qualité et la prévention : protocoles pluri-professionnels, dépistage, éducation thérapeutique.
Ces activités sont traduites en indicateurs, chacun associé à un nombre de points. La MSP accumule des points en fonction des indicateurs qu'elle atteint, et chaque point a une valeur monétaire fixée par l'Assurance maladie. Le montant total des rémunérations perçues dépend directement du nombre de points accumulés, multiplié par la valeur du point et par un coefficient lié à la taille de la patientèle de la MSP.
L'ACI distingue deux catégories d'indicateurs, dont la compréhension est essentielle pour piloter efficacement les rémunérations.
Les indicateurs socles sont obligatoires. Une MSP qui ne les atteint pas ne peut pas prétendre aux rémunérations ACI. Ils portent principalement sur l'existence d'un projet de santé formalisé, la constitution d'une équipe pluriprofessionnelle incluant au moins deux médecins généralistes, et la mise en place d'outils de coordination (système d'information partagé, messagerie sécurisée).
Les indicateurs optionnels sont ceux sur lesquels une MSP peut se différencier et maximiser ses rémunérations. Ils couvrent des domaines variés : organisation de consultations non programmées, prise en charge de patients en affection longue durée, développement de protocoles de coopération entre professionnels, accueil de stagiaires, participation à des actions de santé publique.
C'est sur les indicateurs optionnels que se joue l'essentiel de l'optimisation des rémunérations ACI. Une MSP qui se contente des indicateurs socles perçoit des rémunérations modestes. Une MSP qui travaille activement sur les indicateurs optionnels, en adaptant son organisation pour les atteindre, peut multiplier ses rémunérations par deux ou trois.
La formule de calcul des rémunérations ACI est plus complexe qu'il n'y paraît, et mérite d'être comprise pour être pilotée efficacement.
Le montant brut des rémunérations est calculé en multipliant le nombre de points accumulés par la valeur du point, actuellement fixée à 7 euros. Ce montant brut est ensuite modulé par un coefficient de patientèle, qui tient compte du nombre de patients médecin traitant déclarés auprès des médecins généralistes de la MSP. Une MSP avec une patientèle importante perçoit davantage qu'une MSP de taille équivalente avec moins de patients déclarés, même si les deux atteignent les mêmes indicateurs.
Ce coefficient de patientèle introduit une incitation forte à développer l'accès aux soins et à augmenter le nombre de patients médecin traitant de la MSP. C'est l'une des raisons pour lesquelles les MSP les plus performantes économiquement sont souvent celles qui ont investi dans la communication locale et dans l'accueil de nouveaux patients.
Un point souvent mal compris : les rémunérations ACI sont versées à la SISA, pas directement aux professionnels. La SISA les redistribue ensuite selon la clé de répartition définie dans ses statuts. Cette redistribution est imposable pour chaque associé dans le cadre de sa fiscalité personnelle. Comment les revenus redistribués par une structure collective s'articulent avec la fiscalité individuelle est un point à maîtriser pour éviter les mauvaises surprises au moment de la déclaration.
Optimiser les rémunérations ACI n'est pas une démarche administrative : c'est une démarche organisationnelle qui suppose un engagement collectif de l'équipe.
Le coordinateur de MSP est le premier levier. Un coordinateur dédié, qui suit les indicateurs, prépare les dossiers de demande de rémunération et organise les réunions de coordination, améliore significativement le taux d'atteinte des indicateurs. Son coût est partiellement financé par les rémunérations ACI elles-mêmes, ce qui en fait un investissement auto-finançant dans les MSP suffisamment structurées. Sans coordinateur, la charge administrative retombe sur les professionnels de santé, qui la gèrent mal faute de temps, et les indicateurs sont moins bien renseignés.
Le système d'information partagé est un indicateur socle, mais son niveau de déploiement influence plusieurs indicateurs optionnels. Une MSP qui utilise pleinement son logiciel de coordination, avec des dossiers patients partagés, des alertes et des protocoles intégrés, atteint plus facilement les indicateurs liés à la coordination clinique et à la prise en charge des patients complexes.
Les protocoles de coopération entre professionnels sont l'un des indicateurs optionnels les plus valorisés. Un protocole formalisé entre médecin généraliste et infirmier pour le suivi des patients diabétiques, ou entre médecin et kinésithérapeute pour la prise en charge des lombalgies, génère des points et améliore la qualité des soins. Ces protocoles doivent être rédigés, validés et effectivement appliqués : un protocole existant sur le papier mais non appliqué dans la pratique ne résiste pas à un contrôle de l'Assurance maladie.
Les rémunérations ACI font l'objet de contrôles réguliers par l'Assurance maladie. Ces contrôles vérifient que les indicateurs déclarés correspondent à une réalité organisationnelle documentée. Une MSP qui déclare des indicateurs qu'elle n'atteint pas réellement s'expose à des remboursements de rémunérations indûment perçues, avec des pénalités.
Les points de contrôle les plus fréquents portent sur la réalité des réunions de coordination (compte-rendus, listes de présence), l'effectivité des protocoles de coopération, et la cohérence entre les indicateurs déclarés et les données du système d'information partagé. Une traçabilité rigoureuse de toutes les activités collectives est la meilleure protection contre ce risque.
Les rémunérations ACI ne sont pas le seul flux financier d'une MSP, mais elles en constituent souvent la composante la plus spécifique et la plus différenciante par rapport à un exercice libéral classique. Intégrées dans une stratégie financière globale, elles peuvent contribuer à financer le coordinateur, à rembourser un éventuel emprunt immobilier, ou à constituer des réserves pour des investissements futurs.
La question de l'affectation des rémunérations ACI doit être décidée collectivement et inscrite dans le règlement intérieur de la MSP. Une redistribution intégrale aux associés chaque année est une option, mais elle prive la structure de capacité d'autofinancement. Une affectation partielle aux réserves de la SISA est plus prudente, notamment dans les premières années où des investissements imprévus peuvent survenir.
P-ACX Médical accompagne les MSP dans l'optimisation de leurs rémunérations ACI : analyse des indicateurs atteignables, structuration organisationnelle pour maximiser le taux d'atteinte, gestion comptable et fiscale des redistributions, intégration dans la stratégie financière globale de la SISA. Une approche qui transforme l'ACI d'une source de revenus aléatoire en levier de financement maîtrisé.
Partager l’article
Partager l’article
Professionnel de santé, P-ACX Médical est un cabinet spécialisé dans la gestion et l’optimisation de votre activité libérale.
Nos expertises s’étendent de l’expertise-comptable à l’accompagnement juridique en passant par la gestion de patrimoine et la protection sociale.
Demandez un audit de votre situation, c’est sans engagement !

